Les Moulins

Un patrimoine hydraulique remarquable au fil du ruisseau Saint-Nicolas. Découvrez l'histoire de ce site emblématique du passé lavallois.

Thème 1 : L'Instrument de Pouvoir Seigneurial

Les Moulins : Richesse et Autorité du Seigneur

Les moulins hydrauliques, dont la majorité en France est d'origine médiévale (dès le XIIIe siècle), étaient bien plus que de simples installations de production : ils constituaient le pilier du pouvoir seigneurial. Les familles nobles, dès le début du Moyen Âge, s'approprièrent le domaine public des eaux pour en tirer une ressource énergétique et financière considérable. Ce sont elles qui finançaient la construction de ces ouvrages complexes, faisant des moulins un apport financier très intéressant et, plus important encore, un instrument de pouvoir et un moyen de contrôle sur la population rurale. Chaque seigneurie se devait d'en posséder un ou plusieurs, donnant les autorisations de prises d'eau et s'assurant ainsi la domination sur leur territoire. Cette autorité s'exprimait par le système du ban : l'obligation faite aux paysans, principalement aux agriculteurs, de venir moudre leurs céréales exclusivement au moulin désigné par leur seigneur. Cette obligation était assortie du paiement de la mouture, une taxe prélevée sous la forme d'une part du grain moulu. En outre, les paysans étaient soumis aux corvées, des journées de travail non rémunérées au service du moulin, notamment pour l'entretien des chaussées, des vannes, des écluses, et pour le transport des lourdes meules. Les meuniers eux-mêmes, proches des seigneurs et maîtres du fonctionnement complexe de leur "usine", formaient une sorte de caste importante mais souvent redoutée, voire détestée, par la population qu'ils étaient chargés de surveiller.

Thème 2 : La Pluralité des Fonctions

Plus que de la Farine : Les Moulins, Premières Usines de l'Histoire

Bien que le moulin à blé pour la production de farine ait été le plus répandu, les moulins hydrauliques du ruisseau Saint-Nicolas revêtaient une pluralité de fonctions qui en faisaient de véritables précurseurs de l'industrie. Les historiens les considèrent comme les seules véritables machines très répandues en Europe médiévale, et leurs fonctions s'étendaient bien au-delà de l'alimentation. Le ruisseau alimentait des ouvrages spécialisés pour le travail du textile et du cuir, faisant du moulin un centre de production essentiel pour l'artisanat local et régional. Les moulins, souvent qualifiés de véritables "usines", nécessitaient des mécanismes complexes et des montages financiers élaborés pour leur construction et leur entretien. Parmi ces fonctions, on trouvait les moulins à fouler (ou à foulon), où les draps et les laines étaient battus pour être assouplis et dégraissés. Encore plus spécialisés, les moulins à tan étaient indispensables au travail du cuir : ils broyaient les écorces riches en tanin (chêne et châtaignier) pour rendre les peaux imputrescibles. Le document mentionne aussi des moulins à scier le marbre. Ces installations utilisaient des mécanismes complexes nécessitant un débit d'eau important, assuré par des aménagements comme le bief et des barrages équipés de vannes. Les meuniers, qui connaissaient parfaitement ce fonctionnement exigeant, étaient considérés comme de véritables mécaniciens et hydrauliciens, des figures centrales dans cette société rurale.

Thème 3 : Les Conflits et le Déclin

Saint-Nicolas : Six Moulins, Une Histoire de Fluctuations, de Conflits et de Disparition

Le ruisseau Saint-Nicolas fut la force motrice d'une époque, fournissant l'énergie nécessaire à pas moins de six moulins pendant des siècles. Pourtant, ces mécanismes étaient notoirement fragiles, vulnérables aux aléas naturels : les sécheresses les paralysaient par manque de débit, tandis que les crues détruisaient les chaussées et les roues. Ces installations, qui demandaient un entretien constant, nécessitaient des montages financiers et juridiques complexes. Un changement majeur intervint avec la Révolution : les moulins des nobles, comme ceux de la Grenouillère et de la Coconnière, furent vendus comme biens nationaux, même s'ils continuaient d'être exploités par des meuniers sous de nouveaux baux, marquant la transition entre l'ancien système seigneurial et le nouveau régime de propriété privée. Le XIXe siècle fut une période de bouleversements et de vifs conflits d'usage de l'eau entre les propriétaires. Ces tensions, très documentées, portaient notamment sur les modifications de barrages ou les prises d'eau qui changeaient le cours du ruisseau. Un exemple notoire est la plainte de 1858 concernant le moulin de la Grenouillère, où les travaux des Petites Sœurs des Pauvres auraient provoqué un refoulement empêchant la roue de fonctionner. De telles situations menaient à des enquêtes préfectorales détaillées. Malgré les efforts (comme le creusement de l'étang de la Coconnière ou l'ajout de mécanismes modernes), la majorité des moulins cessa de fonctionner à la fin du XIXe siècle. Ils furent alors démantelés ou transformés en habitations, comme ce fut le cas pour les moulins de la Coconnière et de la Grenouillère, scellant l'arrêt progressif de cette force motrice séculaire.

Écoutez : Le Moulin de la Coconnière

Écoutez le récit fascinant du moulin de la Coconnière et découvrez les secrets de ce patrimoine hydraulique au travers d'un podcast immersif et détaillé.

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Visionnez notre vidéo pour une expérience immersive du Triangle d'or de la Coconnière.

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