Le Manoir

Un témoignage exceptionnel de l'architecture Renaissance lavalloise. Découvrez l'histoire de ce patrimoine bâti d'exception.

Thème 1 : Les Origines et le Domaine Seigneurial

L'Houstel de la Coconnière : Les Racines Médiévales

Le site de La Coconnière plonge ses racines au plus profond de l'histoire lavalloise, avec une présence attestée dès le XIIe siècle. Au fil des siècles, le domaine a évolué de la simple "terre de la Quoconnière" évoquée au XIVe siècle, pour devenir le prestigieux "Houstel de la Coconnière" au début du XVe, figurant même dans les chroniques de Guillaume le Doyen au XVIe. Son importance historique est avant tout liée à son statut de fief, relevant de la puissante châtellenie de Poligny. Jusqu'à la Révolution de 1789, le domaine fut la propriété de grandes familles nobles (telles que les Ouvrouin ou les de Feschal, puis Jean de La Porte et les Rousseau de Montfrand) qui exerçaient leur autorité sur une vaste portion de la rive gauche de la Mayenne. Ces seigneurs ne détenaient pas seulement la terre ; leur pouvoir sur ce lieu était un instrument de domination sociale et économique, imposant le fameux ban pour le moulin et les corvées aux paysans, tout en profitant des droits exclusifs comme la pêche sur le ruisseau. Au XVIIe et XVIIIe siècle, La Coconnière était un ensemble complexe et autosuffisant. Le domaine prenait la forme d'une grande ferme, une métairie, comprenant non seulement le manoir et un grand pavillon, mais aussi une chapelle, des bâtiments d'exploitation agricole, des terres fertiles et les moulins du ruisseau Saint-Nicolas. C'est à cette époque que l'un des propriétaires, Jean de La Porte, enrichi dans le négoce du lin, fait construire un lotissement de seize maisons pour les tisserands sur ses terres, témoignant de l'interconnexion entre l'économie seigneuriale et le commerce florissant du textile. Ce lieu, déjà un microcosme de la société d'Ancien Régime, étendait ses dépendances et son influence sur plusieurs paroisses et fiefs environnants (Avesnières, Bonchamp, Saint-Jean-sur-Mayenne), symbolisant la puissance et les richesses qui seront, un siècle plus tard, emportées par la Révolution.

Thème 2 : La Transition et la Période Textile

Du Bien Noble au Bien National : La Vente Révolutionnaire

La Révolution Française marque un tournant brutal dans l'histoire de La Coconnière, transformant le domaine, autrefois emblème de la richesse et du pouvoir noble, en Bien National. Propriété de la famille Rousseau de Montfrand, elle fut confisquée et mise en vente car elle appartenait à la noblesse. Ce processus d'estimation et de vente révèle l'étendue du domaine : les acquéreurs potentiels pouvaient acheter l'exploitation agricole et ses dépendances (ferme, maison, chapelle) ainsi que les seize maisons de tisserands construites précédemment par Jean de La Porte. Bien que la propriété change de mains, son activité ne s'arrête pas net : les moulins continuent d'être exploités sous de nouveaux baux, et l'exploitation agricole reste en partie à la famille Rousseau de la Jarossais, tandis que d'autres personnes se portent acquéreurs. Plus frappant encore que la transaction foncière, le site connaît à cette période une explosion démographique et un changement de vocation sociale. En l'An 8 de la République (1799-1800), La Coconnière n'est plus un domaine féodal isolé, mais un lieu de vie intense et populaire, abritant pas moins de 228 personnes dans sa basse et haute partie. Cette population est majoritairement composée d'ouvriers du textile : tisserands, dévideuses et fileuses. Le site est alors un centre névralgique de la manufacture du lin qui a fait la renommée de Laval. Cette concentration de travailleurs et la fin de l'ordre seigneurial coïncident avec la diversification des moulins du ruisseau, dont certains sont vendus (tel le moulin amont acquis par M. Ruffin) et convertis, passant du moulin à blé au moulin à fouler lié à une blanchisserie, scellant l'entrée du site dans la nouvelle ère industrielle.

Thème 3 : Vocation Sociale et Patrimoniale

Le Manoir Vigilant : Témoin d'une Longue Histoire

Après la période révolutionnaire et l'ère du textile, le site de La Coconnière amorce sa dernière grande transformation pour devenir un lieu de charité et de soin. En 1850, le domaine est confié aux Petites Sœurs des Pauvres, fondées par Jeanne Jugan. L'association y établit un vaste hospice destiné à l'accueil et aux soins des vieillards pauvres et des indigents. Durant 120 ans (jusqu'en 1970), les Sœurs, vivant uniquement des quêtes et des dons en nature, font preuve d'un engagement extraordinaire, accueillant et soignant environ 5 000 résidents. Pour subvenir aux besoins de cette grande communauté, elles aménagent le site en conséquence, avec élevage, potager, verger, et mènent des campagnes de construction et de reconstruction pour améliorer le confort, édifiant dortoirs, infirmerie, chapelle et de nouvelles installations sanitaires. Aujourd'hui, cet héritage social se perpétue. Face à la crise de vocation et au départ des Sœurs en 1970, le site est repris par l'Hôpital de Laval pour y fonder l'EHPAD Jeanne Jugan en 1971. De nouveaux bâtiments modernes ont été construits pour perpétuer la mission d'accueil des personnes âgées, et l'ancien hospice a laissé place à l'EHPAD « Le verger de Jeanne ». Au milieu de cette continuité, l'ancien manoir lui-même, désormais séparé du complexe hospitalier, est un témoin vigilant et silencieux de cette longue histoire. Inoccupé et non entretenu, son état actuel de dégradation contraste avec l'importance qu'il a eue pendant huit siècles, de l'époque féodale à l'ère industrielle et sociale, et reste un précieux vestige architectural de l'histoire de Laval.

Le Lin : L'Âge d'Or commercial de Laval

L'industrie du lin fut le moteur d'une prospérité sans précédent pour Laval, inaugurant un véritable "Âge d'Or" commercial dont la renommée dépassa rapidement les frontières du royaume. La haute qualité de la toile de lin locale, fruit d'un processus de fabrication élaboré (du rouissage au blanchiment au soleil), garantissait sa valeur. Dès le XVe siècle, comme en témoignent les achats attestés au Palais royal et à l'Hôtel Dieu de Paris en 1435, l'étoffe lavalloise se positionnait comme un produit de choix.

Cependant, c'est l'essor de son commerce international qui marqua l'apogée de cette industrie. Des marchands entreprenants, à la tête de fortunes considérables, affrétaient des navires pour l'exportation vers les Amériques dès le XVIe siècle, en passant par l'Espagne et notamment le port de Cadix. Ces expéditions lointaines étaient risquées mais extrêmement lucratives, propulsant ces "marchands de toile" au rang de notables dont la puissance financière s'exprimait par leurs luxueux hôtels particuliers, à l'image de l'actuel Hôtel Perrier du Bignon.

La portée mondiale de ce commerce est illustrée par le fait que des clients venus des régions du Mexique et du Pérou de l'époque se déplaçaient pour s'approvisionner deux fois par an lors de la grande foire commerciale qui se tenait alors dans l'actuelle Colombie. Pour sécuriser le convoyage de leurs précieuses cargaisons, certains marchands envoyaient même leurs enfants étudier sur place en Espagne, assurant ainsi la logistique cruciale de cet échange transatlantique.

Le succès reposait en amont sur une filière structurée, depuis la culture du lin et du chanvre favorisée par le climat tempéré de l'Ouest de la France, jusqu'à l'étape des poupeliers confectionnant des paquets de filasse prêts à être filés. Une fois tissées, les toiles devaient obligatoirement passer par les blanchisseries des marchands avant d'être étendues sur les prairies voisines pour le blanchiment final au soleil, garantissant ainsi l'excellence qui fit la légende de la toile de Laval sur les marchés internationaux pendant des siècles.

Ecoutez : Le Manoir de la Coconnière

Écoutez le récit fascinant du manoir de la Coconnière et découvrez les secrets de ce patrimoine du 16e siècle au travers d'un podcast immersif et détaillé.

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